Théâtre action et écriture

Les ateliers Théâtres Action et Ecriture
#Slam Rap et Expression – Béatrice Bastille

Genèse du projet

extrait de mon TFE :

# Le théâtre-action comme levier d’Action Sociale.

Une expérience de théâtre-action auprès d’un public immigré et analphabète. Master en ingénierie et actions sociale 2017#


Cela fait maintenant une dizaine d’année que nous avons mis en place un atelier de de théâtre action au sein du Collectif Alpha de Forest et également de Molenbeek. Le but poursuivi est de rechercher avec toutes les personnes concernées des motivations à s’exprimer davantage sur des sujets qui les préoccupent ainsi que des opportunités et des lieux pour se faire entendre et échanger avec autrui leurs préoccupations, leurs désirs, leur attentes, leurs besoins et leur vision du monde qu’ils s’emploient à jouer, défendre, questionner au travers des pièces qu’ils mettent en texte, et en scène.

L’idée de faire du théâtre s’est imposée comme une nécessité, le jour où une participante nous a confié que de ne pas pouvoir s’exprimer et se faire entendre en français était une souffrance. Pour elle, cette douleur surpassait même celle de ne pas savoir lire et écrire. Elle disait « J’ai les mots dans le fond de ma gorge, mails ils ne peuvent pas sortir. »

Depuis le départ, nous avons voulu prendre pour modèle un théâtre dont la démarche s’inspirait du théâtre-action. Nous concevons le projet et nous nous employons à le faire vivre dans un sens similaire à celui qui est revendiqué par le Centre du théâtre action : « Le théâtre-action reconnaît à chacun un rôle critique et créateur, et s’attache à ce que soit prioritaire la parole des gens écartés par le système dominant. »

Citations des Participants

« J’ai vu mon courage. Je n’ai plus honte comme avant. Avant, pour me tenir devant les gens comme ça, avec le traumatisme que j’avais, je me cache, je reste derrière les gens, partout où j’allais. Maintenant, je ne me cache plus. Le théâtre c’est quelque chose, les gens sont contents de toi, J’ai vu les enfants, les gens rirent et les gens sont contents de moi. Je passe, je vois les gens qui me saluent : « C’est toi vraiment la femme du théâtre. C’est toi qui avais fait « Le champ de maïs. » C’est quelque chose qui est bien »

Femme camerounaise, 65 ans, participante de l’atelier théâtre de Forest

Les freins au théâtre action

Mais si la majorité des personnes du public des centres alpha, cherche à s’exprimer davantage et mieux, très peu veulent vraiment participer à un projet de théâtre-action. En fait, pour le Collectif Alpha où coexistent trois centres alpha, ils sont une dizaine sur une centaine de personnes, par centre alpha, à tenter l’aventure.

En effet, oser faire du théâtre et jouer devant un public ne fait pas l’unanimité, que du contraire. La majorité des personnes qui fréquentent les cours d’alphabétisation, ne veulent pas se donner en spectacle. S’y opposent des sentiments de gêne, de pudeur, de honte, et parfois tout simplement, de désintérêt. Cependant, malgré ce peu d’adhésion, nous avons voulu poursuivre le projet tout en essayant de l’ouvrir, de lui offrir d’autres dimensions et opportunités. Rien que le fait de mettre en scène une pièce par centre et la jouer devant le public, est en soi un formidable défi.

Le projet nécessite de la mobilisation autant de la part des acteurs que des formateurs. Il faut faire preuve d’engagement, de ténacité, de volonté et posséder des capacités d’adaptation. Chaque année, parmi les acteurs de l’atelier théâtre, des personnes tom-bent malades, trouvent un travail, abandonnent. Il faut donc trouver des remplaçants et les acteurs sont parfois obligés de jouer plusieurs rôles.

Pourquoi relever ces défis ?

Relever ces défis procure de l’estime et donne confiance en soi. Ils permettent aux participants de se faire entendre, de valoriser leurs paroles et qu’elles soient prises en compte.

« Tu parles au public, tu donnes quelque chose. Ce n’est pas toi le faible, c’est toi le fort. Le professeur avec les élèves, c’est qui le fort ? Le professeur. Il parle libre. Les élèves, ils ne se sentent pas libres. Ce n’est pas eux qui donnent. C’est le système comme ça. Le théâtre, Il faut être libre. Il faut lâcher. Tu fais, tu marches, tu bouges, tu parles pas normal, c’est ça le théâtre, c’est ça qui fait rire. »

Homme 45 ans d’origine marocaine, acteur de l’atelier théâtre de Molenbeek

« Le théâtre ça fait réfléchir les gens. C’est très important de jouer le théâtre comme tu prêches les gens ou bien conseiller les gens. C’est pour ça que j’ai joué avec mon cœur. Je voulais faire réfléchir les gens. »

Femme origine congolaise, 68 ans, ancienne actrice de l’atelier théâtre de Forest

La pièce est représentative

de productions originales, réalisées par des acteurs internes et mis en avant lors d’évènements publics tels que les « 40 ans de l’association », la journée d’Education permanente de l’association où elle présente ses activités à d’autres associations, le Festival Arts et Alpha, les « 5o ans d’immigration marocaine », ou lors de participation à des projets européens, tels que Socrates.

Elle joue en quelque sorte un rôle de carte de visite. Elle véhicule une image positive des participants. Ils ont l’opportunité de se faire connaître à travers elle, de tisser des liens, de développer des projets, de prendre confiance en eux.

Dans cet espace de paroles, les acteurs cherchent également à se questionner et à questionner leur existence et les conditions de cette existence qu’ils considèrent comme étant injustes, discutables et à remettre en cause. Ils émettent une envie profonde de partager ces considérations avec autrui. Par les discours qu’ils produisent, par les remises en question qu’ils proposent, on peut définir les acteurs de l’atelier théâtre comme des « acteurs de changement ». Ils réfutent l’ordre établi des sociétés dont ils sont issus et de celle dont ils font parties. De fait, les pièces sont aussi une invitation à débattre de ces sujets avec le public.

« Je veux dire aux hommes qu’on n’est pas soumise, qu’on a aussi des sentiments. Nous aussi, on a envie de vivre, on a envie de parler. On a un mot. Ce n’est pas toujours le dernier mot pour les hommes. J’ai envie de vivre comme tout le monde .Il y a beaucoup de femmes en Belgique qui n’ont pas droit à la parole, surtout nous les Marocaines. C’est toujours le dernier mot pour les hommes. Ce n’est pas de sa faute, il est éduqué comme ça. Nous aussi, les femmes on est éduquée comme ça. »

Femme d’origine marocaine, 39 ans. Ancienne actrice de l’atelier théâtre de Forest

« Au début, je n’aime pas mais après ça va. J’aime l’histoire, les amis, le rôle qu’on fait parce qu’il y a beaucoup, ça existe. On n’a pas inventé n’importe quoi. C’est une vraie histoire. C’est important de montrer. Tu sais quand l’homme fait deux femmes, trois femmes, c’est toujours les femmes qui souffrent. Après la pièce, chacun dit ce qu’il pense, chacun comment il voit cette histoire, on ne voit pas tous la même chose, chacun il voit des choses différentes. »

Femme 40 ans origine marocaine, ancienne actrice de l’atelier théâtre de Molenbeek.

Les participants du centre alpha se déclarent généralement satisfaits de ces initiatives : Ils apprécient de voir la pièce, de découvrir les sujets véhiculés par celle-ci et de pouvoir échanger à propos de ceux-ci. Les sujets sont porteurs de polémiques et répondent à un besoin du public de s’exprimer.

L’histoire jouée est généralement en lien avec les histoires de vie des participants de l’atelier théâtre, parfois même, elles s’en inspirent. C’est rarement délibéré mais souvent les thèmes invoqués font écho et leurs rappellent des épisodes de leur vie. Leur caractère d’authenticité permet aux personnes du public de se reconnaitre et de se projeter.

Généralement, elles suscitent l’envie de raconter sa propre histoire et de la confronter avec celles des autres. Il est dès lors possible de proposer ces rencontres à d’autres associations alpha, et pourquoi pas de s’ouvrir à d’autres espaces de paroles qui ne sont pas à priori, ceux de l’alphabétisation, tels que ceux issus d’autres associations voire des écoles. Mais également vers un extérieur plus « large » les acteurs souhaitant proposer leurs pièces à d’autres types de publics tels que les « Belges ».

Nous avons constaté que le projet permet aux acteurs de l’atelier théâtre, ainsi qu’aux personnes du public auxquels ils s’adressent, de prendre position sur des sujets les concernant. Ainsi, les objectifs initiaux étant dépassés, à savoir jouer la pièce en fin d’année pour une représentation unique, nous les avons élargis.

Actuellement nos objectifs sont :

• De faire entendre la parole de ceux qu’on a peu l’habitude d’entendre dans l’espace public.

• D’offrir l’opportunité à des personnes analphabètes et immigrées de s’impliquer en étant porteur d’un discours qui tend à changer leur existence et celle d’autrui.

• De s’employer à développer leur propre subjectivité et qu’elle puisse contribuer au développement de celle d’autrui.

• De faire rencontrer des publics qui n’ont pas l’habitude de se rencontrer.

• De donner la possibilité de marquer de leur présence et de leurs paroles des lieux que ces personnes ont peu ou pas l’habitude de fréquenter .

@ Béatrice Bastille

Publié par AurElie

Educatrice Spécialisée Psychomotricienne Artiste de la Vie

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :